Le grand orgue Merklin de la Collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie


Un peu d’histoire

Les origines

Les archives municipales mentionnent l’existence d’un organiste appointé en 1474. Toutefois, nous ne savons rien de cet orgue primitif, tant sur sa composition que sur son emplacement. 

Par la suite, un grand orgue de tribune a été construit de 1583 à 1588 par Nicolas Barbier, qui l’a installé dans le triforium Nord de la collégiale, environ à mi-distance des deux extrémités de l’édifice. Un Positif lui a été adjoint en 1657, en nid d’hirondelle, dont les attaches sont encore visibles au-dessus de la quatrième voûte du triforium.

La tuyauterie de l’orgue de Nicolas Barbier a disparu à la révolution. Son buffet a été détruit plus tardivement, puisqu’il est encore fait mention de son existence en 1819.

La composition fournie ci-après est celle de 1657 et donc pas exactement celle de 1588 puisqu’il semble que certains jeux aient été ajoutés entre 1588 et 1657.

COMPOSITION DE L’ORGUE D’ANCIEN REGIME (1657)

(21 jeux)

Installé en nid d’hirondelle sur le triforium Nord à mi-distance des deux extrémités de l’édifice

Plusieurs facteurs se sont ensuite succédés sur cet orgue, dont DALLERY qui avait également modifié le grand orgue de Notre-Dame de Paris.

Les archives mentionnent sans aucune précision l’existence au début du XIXème Siècle d’un orgue implanté sur une tribune de bois et de plâtre au revers du grand portail de la collégiale. Cet orgue fut démoli en 1844 et le chantier de construction d’un orgue d’une vingtaine de jeux fut confié à la maison DAUBLAINE et CALLINET. Cet instrument posé au sol dans le choeur de l’église, qui ne fut ni un orgue de choeur ni un grand orgue digne de l’édifice aux dimensions de cathédrale qu’est la collégiale de Mantes-la-Jolie, n’a laissé aucune trace dans les archives.

Il apparaît cependant clairement que lorsque le conseil de fabrique a demandé en 1895 à Joseph MERKLIN de construire un grand orgue de tribune, ce dernier a souhaité réemployer une partie de la tuyauterie DAUBLAINE-CALLINET, non pas tant par souci d’économie puisque tous les tuyaux réemployés ont été repavillonnés et réharmonisés, ce qui a nécessité beaucoup de travail, mais dans le but de conserver un matériel sonore de qualité, comme en témoigne le très beau Hautbois qui est le seul jeu que nous ayons pu entendre de l’orgue Merklin après qu’il ait été transféré dans l’orgue de choeur en 1975.

Outre une partie de la tuyauterie, Merklin a également réutilisé la façade de l’orgue DAUBLAINE-CALLINET avec ses tuyaux pour réaliser la façade secondaire de son instrument donnant sur le triforium.

Le 11 novembre 1897 était donc inauguré le cinquième orgue de l’histoire de la collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie.

L’orgue MERKLIN

Façade de l’orgue MERKLIN avant restauration (Photo Philippe ALLIO)

L’orgue a été construit en 1896 et 1897 par Joseph MERKLIN et inauguré le 11 novembre 1897.

La grande majorité des tuyaux d’origine a été manufacturée par André AGNIEL pour le compte de Joseph MERKLIN, avec un réemploi fréquent par MERKLIN de tuyaux issus de l’orgue construit en 1844 dans la collégiale de Mantes par la maison DAUBLAINE-CALLINET,  réharmonisés et repavillonnés.

Tuyauterie du Merklin avant restauration

Tuyauterie du Merklin avant restauration (photo Philippe ALLIO)

Un jeu d’origine est de CAVAILLE-COLL (Doublette 2’ Positif )

Il y a très peu de jeux de mutations (Quintaton 16, Nazard 2 2/3, Plein-jeu III-IV rangs GO, cornet V rangs GO).

L’harmonisation a été réalisée par Edouard MUSSILLON en 1897.

C’est un orgue d’esthétique symphonique dont les pressions et débits du vent sont élevés. Les réserves d’air sont importantes.

Le diapason est à 435 Hz.

Buffet Daublaine-Callinet 1844 pour la façade Est (récupéré de l’ancien orgue) et Simil-Merklin 1897 (chêne) pour la façade Sud

La tranche de travaux réalisée par Gutschenritter

Vers 1924-1925, sans qu’il soit possible d’être plus précis, Gutschenritter intervint sur cet orgue et réalisa une tranche de travaux de qualité. Il installa une turbine électrique MEIDINGER pour alimenter l’orgue en vent tout en conservant les deux postes de souffleurs. Il installa une belle Soubasse de 32 pieds à la Pédale, en commande pneumatique tubulaire et réalisa une Flûte 8 de Pédale en extension de la 16 en utilisant des tuyaux chanoines de la façade secondaire de l’orgue. Cette Flûte 8 était également commandée par une transmisison pneumatique.

La seconde guerre mondiale et ses suites

Le 30 mai 1944, le quartier de la collégiale fut entièrement détruit par une vague de bombardements. L’édifice ne fut pas directement atteint mais les éclats de bombes et le souffle des explosions pulvérisèrent les verrières autour de l’instrument, qui prit rapidement la pluie. Plusieurs tuyaux furent atteints par les éclats et l’orgue se remplit de poussières et de gravats.

Après une réparation de fortune en 1945, Georges HELBIG se vit confier la restauration de l’orgue en 1952 après que l’expert Auguste CONVERS eût remis un rapport en 1951 demandant que l’orgue soit conservé dans son état d’origine.

HELBIG ne fit rien de ce qui était demandé par Auguste CONVERS. Il supprima la transmission tubulaire pneumatique du Récit et les deux machines Barker du Grand-orgue et du Positif pour les remplacer par une transmission électrique très artisanale qui ne fonctionna (avec difficulté) que pendant 17 ans avant de rendre l’âme et de laisser un instrument muet depuis maintenant 40 ans. 

Fort heureusement, il ne toucha pas à l’harmonisation des tuyaux, mais il supprima ou modifia par contre plusieurs jeux trop typés pour l’époque :

Au grand-orgue : suppression de la Gambe 8 et du 4ème rang du Plein jeu 

Au positif : suppression du Salicional 8, du Bourdon 8, décalage de la Doublette 2 en Nazard 2 2/3, suppression de l’octave grave du Quintaton 16, suppression de la Dulciane 4

Au Récit : suppression de la Voix Humaine, suppression du Trémolo

A la Pédale  : ajout d’une Flûte 4 en extension de la Flûte 8 en utilisant pour cela douze tuyaux du 4ème rang de Plein-Jeu du Grand-orgue 

Les jeux supprimés furent remplacés par des jeux de facture médiocre destinés à tenter de donner à l’orgue une esthétique néo-classique (Plein-jeu 3 rangs au Positif, Sesquialtera au Récit, Flûtes de timbre grêle, remplacement des accouplements en 16 par des accouplements en 4 etc…) 

Toutes les pressions ont été abaissées. Le diapason a été monté à 440 Hz au lieu de 435 Hz. Le Récit a été descendu du haut de l’instrument pour être posé devant la console, sur l’estrade de la chorale, afin de permettre à cette dernière d’être accompagnée par un ersatz d’orgue de choeur.

Le résultat de cette restauration fut désastreux. La très mauvaise qualité du travail accompli fit que l’orgue devint définitivement muet en 1970 après quelques années d’un fonctionnement régulièrement défectueux.

En 1995, un projet de vraie restauration a enfin vu le jour avec un retour à l’instrument d’origine, un effacement de la tranche de travaux fort heureusement réversible conduite par HELBIG et une conservation de la tranche de travaux conduite par Gutschenritter.

Après quinze ans de travaux et de démarches, un chantier complet a été confié dans ce sens aux facteurs Laurent PLET et Yves FOSSAERT en 2010, sous la direction de Christian LÜTZ, Technicien-Conseil. La Ville de Mantes-la-Jolie, propriétaire de l’instrument, n’a pas souhaité demander le classement de l’orgue au titre des Monuments Historiques mais a demandé que la restauration de l’orgue Merklin réponde aux mêmes critères d’exigence et d’authenticité qu’une restauration d’orgue historique.

La restauration de Laurent PLET et Yves FOSSAERT

L’instrument a été restauré dans sa version initiale, avec conservation de deux améliorations apportées en 1925 par GUTSCHENRITTER (Soubasse 32’ de Pédale et Flûte 8′ de Pédale en dédoublement de la 16′ par le réemploi de tuyaux DAUBLAINE et CALLINET laissés muets par MERKLIN).

La tuyauterie est d’origine pour 33 jeux sur 37.

Une Clarinette 8’ d’occasion Merklin est ajoutée au Positif, ce qui porte à 34 le nombre de jeux authentiques présents dans l’orgue.

Composition du MERKLIN restauré

La  transmission pneumatique tubulaire du Récit supprimée en 1952-1953 n’est pas reconstruite. Elle est remplacée par une troisième Machine BARKER.

Accord par entailles pour tous les fonds en métal et par plaquettes coulissantes pour les fonds en bois.

Pressions différentes pour chacun des quatre plans sonores (3 soufflets régulateurs séparés pour GO,Pos et Réc). La Pédale est en vent fort ainsi que les machines BARKER.

Les fonds et les anches sont à la même pression pour chaque plan sonore.

L’alimentation en vent est assurée par une soufflerie électrique neuve, déplacée pour introduire l’air dans le sens du vent et non plus à contre-vent comme l’avait fait Gutschenritter vers 1925. Les deux postes de souffleurs à pied, débrayables, sont conservés.

L’orgue reste à son emplacement d’origine dans la tour Nord.

C’est un orgue de tribune de 36 jeux réels + Flûte 8′ de Pédale en dédoublement de la Flûte16′ = 37 jeux

L’harmonisation d’origine (1897) n’est pas retouchée.

La console restaurée

Elle est composée de 3 claviers manuels de 56 notes, en ivoire pour les naturelles et en ébène pour les feintes, avec casimir rouge pour les claviers et pour les cravates des tirants de jeux ( 38 tirants de section ronde avec porcelaines inclinées à 45 degrés -37 pour les jeux, 1 pour l’appel du souffleur-). Les porcelaines sont de couleurs différentes selon le clavier et selon qu’il s’agit d’un fond ou d’une anche. Les porcelaines manquantes ont été refaites à l’identique.

La console restaurée attend sa mise en place définitive (une porcelaine n’est pas encore montée)

La console possède trois claviers

– Grand orgue

– Positif expressif

– Récit expressif

et un Pédalier de 30 marches

La console est de type « séparée », en chêne

Les marches du pédalier seront regarnies avec du palissandre comme à l’origine

Une cuiller d’accouplement cassée et deux cuillers d’effets manquantes (trémolo et orage) seront remplacées par des cuillers identiques d’occasion.
Financement du projet

La restauration de l’orgue MERKLIN de la Collégiale est financée par :

  • L’Etat (DGAC)
  • La Région Ile de France
  • Le Conseil Général des Yvelines
  • La ville de Mantes-la-Jolie
  • L’association « Valeur et culture de la vallée de la Seine »
  • Le don d’un mécène privé
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9 commentaires pour Le grand orgue Merklin de la Collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie

  1. Tacet dit :

    C’est une bonne nouvelle que cette restauration. Après, il faudra donner vie à cet instrument avec un vrai programme culturel à Mantes-la-Jolie.

  2. patrick loisy dit :

    merci pour cette restauration, j’avais joué cet orgue en 1968…avec des pannes et bien faux…ce sera un plaisir le le réentendre juste et sans panne

  3. Louis Savoy dit :

    Cet orgue a été celui de ma jeunesse…un peu ma madeleine musicale.
    Mais j’ai été bien déçu de ce que j’ai entendu à l’inauguration et à l’office de matin. Cet orgue manque cruellement de puissance. Au concert, certains passages ont paru inaudibles. Et ce matin, à l’office, le triomphe est revenu à l’orgue de choeur.
    La sortie de Widor était toute « pateuse » et sourde, sans éclat, ni volume.
    C’est bien dommage.
    N’y aurait-il pas un remède à ce manque de force ?

  4. Michel POTREL dit :

    Le concert d’inauguration du 25 mai était tout simplement magnifique

  5. Dumoulin dit :

    Le grand orgue Merklin 1897 de la Collégiale de Mantes la Jolie est, sans doute, l’un des plus beaux Merlin que j’aie entendu, y compris celui de l’église Saint-Eugène Sainte Cécile à Paris, plus ancien, et la balance entre les deux instruments (orgue de choeur de Cogez et orgue de tribune) présente une réelle unité de style et d’harmonie. Avec celui du Conservatoire, lui aussi particulièrement intéressant et « malin », la Ville de Mantes possède un patrimoine instrumental rare et de haute qualité. Bravo aux facteurs d’orgues français !
    Mais… qu’est devenu le petit orgue de tribune de Narcisse Martin, vers 1850, descendu sans ménagement de son emplacement (d’une seule pièce, à l’aide de sangles et d’un chariot élévateur transpalettes) à l’occasion de la restauration intérieure de l’église, voici une quinzaine d’années ? A suivre…

    • Philippe Allio dit :

      Effectivement il serait intéressant de savoir ce qu’est devenu cet orgue de huit jeux qui a disparu à l’occasion des travaux de réfection de l’église Saint-Etienne de Mantes-la-Ville

  6. Bioux dit :

    Une vidéo a été réalisée sur les opérations démontage-remontage; le traitement du film est en cours d’étude

  7. Jacqueline BELOT dit :

    Quelle bonne nouvelle que la restauration du grand orgue de la COLEGIALE de Mantes- la – Jolie!
    j’ai hâte d’entendre de nouveau le son de cet instrument dans l’église où de belles fêtes existaient dans ma jeunesse.

  8. Ping : PRINTEMPS DES ORGUES 2015 | Renaissance de l'orgue dans le Mantois

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